Parcours de dissidents – Euzhan Palcy

Dans le cadre des commémorations programmée à Trois-Rivières les 7 et 8 mai 2015, la Bibliothèque Péronne Salin propose une projection du film :

Parcours de dissidents  – 

Synopsis :

PALCY_Euzhan_2004_Parcoursdissidents_00Peu de temps après la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne en septembre 1939, l’Amiral Robert est nommé Haut Commissaire de la République aux Antilles et en Guyane française par le ministre des colonies, Georges Mandel.
La défaite française de juin 1940 et le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, marquent le début d’une politique très autoritaire en Martinique, vécue par certains insulaires comme une véritable dictature. De 1940 à 1943, l’Amiral Robert, qui incarne l’austérité de cette période, va qualifier de « dissidents » les rebelles au régime de Vichy. Ces « dissidents », jeunes gens de 16 à 22 ans (hommes et femmes) font preuve de bravoure et de témérité dans leur acte dicté par un pur sentiment patriotique.
Sur un total d’environ trente mille soldats des Forces Françaises Libres (FFL) c’est-à-dire de soldats qui se sont battus pour une France libre aux côtés du général De Gaulle, on peut compter deux mille cinq cents soldats antillais, provenant pratiquement pour moitié de la Martinique et de la Guadeloupe.
Le parcours de ces jeunes Martiniquais et Guadeloupéens pour participer à la Seconde Guerre Mondiale représente un véritable périple autour du monde. Après avoir fui leurs îles, bravé les eaux meurtrières de l’Atlantiques ainsi que les violences du système répressif de l’Amiral, les survivants sont expédiés depuis les îles anglaises voisines – Dominique, Ste Lucie ou Trinidad – vers le camp d’entraînement de Fort Dix aux Etats-Unis. Ils traversent ensuite l’Atlantique pour aller en Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie. La guerre commence pour les dissidents avec la campagne d’Italie et se poursuit jusqu’au débarquement en Provence. En France, ils sont de tous les combats : Vosges, poches de l’Atlantique, Alsace… et ce jusqu’à la Libération. Les dissidents antillais ont passé un total de douze mois au front avec un séjour de détente de dix jours, soit 350 jours de front non stop.
Par le truchement du souvenir, recueilli auprès d’anciens dissidents, le film reconstitue le long périple de cette épopée dissidente, complètement absente de l’histoire de France.

Note d’intention de la réalisatrice
Ce film documentaire a deux principaux objectifs. Il s’agit d’une part de rendre hommage aux dissidents Antillais en faisant connaître leur courage et en réhabilitant leur action au sein de l’Histoire, et d’autre part de mettre en image l’exercice du souvenir. Un exercice qui prend, finalement, autant d’importance que le souvenir évoqué.
Aucun ancien dissident ne regrette avoir participé à l’action résistante de la Seconde Guerre Mondiale. Ils sont en revanche tous déçus de voir comment leur participation a été méprisée par certains gradés, ignorée par la Métropole et par conséquent souvent méconnue voire dévalorisée par leurs contemporains des Antilles. Il faut pourtant garder à l’esprit que c’est en grande partie grâce à ses colonies (Bataillon Algérien, Tirailleurs Sénégalais, Bataillons Antillais…) que la France a pu garder sa liberté.
Il me semble donc urgent aujourd’hui de sauver les témoignages des derniers dissidents qui, plus que de simples récits d’autres temps créoles, constituent véritablement l’Histoire. Médailles et monuments sont une chose, mais la récompense utile et juste qu’ils doivent obtenir de leurs contemporains et des générations futures, c’est la compréhension et le respect de choix faits plus d’un demi-siècle auparavant.
La force de Parcours de dissidents est dans ce paradoxe.
La Dissidence fait aujourd’hui figure d’un moment mythique de l’Histoire des Antilles françaises, alors même que les acteurs sont encore parmi nous pour témoigner. Qu’est-il advenu de leur idéal de jeunesse ? Quel regard portent ces fragiles témoins oraux de l' »Histoire vécue » sur l’aventure de leur vie ? Ce film se veut le reflet de cette quête exceptionnelle et poétique de « Don Quichotte des Caraïbes » dont l’humour et le recul ne diminuent en rien l’héroïsme passé. Les dissidents nous invitent à voyager dans le temps ; un temps suspendu et volage, moqueur et douloureux à la fois.
Euzhan Palcy

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