« EU RICHTER CARAÏBES 2017 », la collectivité teste sa capacité de réaction face aux risques majeurs

Dans le scénario de l’exercice Richter qui s’est déroulé la semaine dernière, un séisme suivi d’un tsunami ont ravagé la Guadeloupe. Les secours, les services de l’État et les associations de sécurité civile sont mobilisés, tout comme les collectivités et certaines entreprises.

Dès lundi, les conseillers et les chefs de service de la collectivité suivaient une formation sur l’organisation du Poste de Commandement Communal (PCC) dispensée par le Colonel Frantz Maccow du SDIS.

Les choses sérieuses commencent véritablement mardi à 10h20.

Un séisme majeur de magnitude 8.5 sur l’échelle de Richter (comparable à celui ayant secoué les Antilles en 1843), suivi d’un tsunami dévastent la Guadeloupe. Trois-Rivières est fortement impactée. Des centaines de victimes (disparues, décédées ou blessées), plus de 1500 sans abris, de nombreux bâtiments et habitations détruits, des routes impraticables, des ponts et un réseau d’eau potable anéantis, tel est le bilan provisoire dressé après la catastrophe.

« La complexité dans ce type de scénario c’est véritablement le retour d’information, explique Nicolas Vitalis, chef du service technique et environnement de la ville de Trois-Rivières. Les routes sont barrées, les ponts détruits. Le retour d’information est primordial dans le cadre de la mise en oeuvre et du déploiement de moyens humains et matériels. Se pose également le problème de la gestion des corps des personnes décédées, du relogement des sans-abri, de l’acheminement de l’aide dans les sections et donc du déblaiement des routes, autant de problématiques qui nécessitent un diagnostic territorial rapide et pointu ».

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Le secrétariat du PCC, point d’entrée et de sortie de l’information est en relation directe avec les services de la préfecture

Une gestion de l’urgence et du (des) jour(s) d’après

L’exercice, organisé en lien très étroit avec l’état-major de Zone est placé sous l’autorité du préfet de la Martinique, préfet de la Zone de défense et de sécurité « Antilles ». La tenue de cet exercice a par ailleurs été annoncée par le ministre Bernard Cazeneuve lors de sa visite aux Antilles en octobre 2016.

Trois-Rivières, comme toutes les villes ayant participé à l’exercice, s’inscrit dès lors dans la gestion opérationnelle de l’après-crise. L’exercice se déroule dans les murs de la maternelle Litha Laumord Dorville, en présence du SDIS. Il s’agit de tester la capacité de réaction et d’intervention de la collectivité afin de créer les conditions d’un retour à la normale le plus efficace possible. Ensemble, agents territoriaux, élus, bénévoles et pompiers travaillent à la gestion de l’après catastrophe.

« Le séisme a conduit à une complète désorganisation des services publics et des activités économiques de Trois-Rivières, rapporte Monsieur Claude Magloire, 1er adjoint au maire et membre du PCC. L’objectif est de créer les conditions d’un rétablissement progressif des services publics et de l’activité économique. Cet exercice nous permet aujourd’hui de tester notre système de sécurité communal, notre réactivité face aux problèmes posés mais aussi de mesurer le degré d’information des agents, poursuit-il. À nous de tirer les enseignements afin d’améliorer notre Plan Communal de Sauvegarde (PCS) « .

Sur le terrain, l’opération est coordonnée par Monsieur Jean-Philippe Noël, conseiller municipal délégué à la sécurité et à la prévention et Madame Diana Mambole, en charge des ERP* et de la prévention des risques majeurs. Les informations arrivent peu à peu, alourdissant à la fois le nombre de victimes et le bilan des dégâts matériels.

À J+3, un certain nombre de problématiques apparaissent critiques pour le relèvement du territoire, tel que la gestion des gravats et déchets, le rétablissement des réseaux d’eau et d’assainissement, le rétablissement de la circulation, le maintien de l’ordre public ou encore la gestion des décédés massifs. Autant de problématiques interdépendantes qui ne sont qu’une infime partie des difficultés auxquelles la collectivité devra faire face en cas de séisme avéré.

« Cet exercice est excellent car il démontre que nous ne sommes pas prêts à faire face à ce type de catastrophe, déclare l’adjudant Jean-Claude Ruffe, adjoint en chef du Centre d’Intervention et de Secours de Gourbeyre. Nous ne sommes pas dans le cas de figure d’un cyclone. Un séisme ne prévient pas. Il faut maintenant se mobiliser car il y a beaucoup de travail à accomplir en termes de formation des personnels communaux et d’information des populations ».

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« Cet exercice a été particulièrement enrichissant, confie Roger Maccès, Directeur Général des Services de Trois-Rivières. Nous devons maintenant dresser une checklist des points à travailler et reproduire le même dispositif dans les PC secondaires. Nous mettrons également en place des réunions de sensibilisation afin d’imprégner la population de la culture du risque ».

Durant les 3 jours de l’exercice, l’ensemble de la chaîne opérationnelle de secours aura été exercée, de la gestion depuis la salle de crise à l’organisation de secours sur le terrain.

« Cette opération a généré de nombreuses interrogations auxquelles nous nous sommes efforcés de répondre, commente Diana Mambole. Nous avons mis à jour le PCC ainsi que les fiches actions. Mais nous avons également re-mobilisé les membres du PCC. La machine est en route. Reste à sensibiliser les populations aux risques majeurs et à créer notre réserve communale ».

La loi du 13 août 2004 institue des « réserves communales de sécurité civile ». Leur rôle et leurs modalités de fonctionnement ont été précisés par une circulaire du ministre de l’intérieur en date du 12 août 2005.

L’objectif de ce dispositif, facultatif et sous l’autorité et la responsabilité du maire, est de mobiliser les « bonnes volontés » qui se présentent dans les communes pour participer à la résolution des crises. Ouverte à toute personne « ayant les capacités et les compétences correspondant aux missions qui leur sont dévolues », la réserve est composée de bénévoles ayant la qualité de « collaborateurs du service public » dont l’engagement doit être formalisé par un contrat signé avec l’autorité communale. Les réservistes ont des droits et des obligations spécifiques, détaillés dans la circulaire du 12 août 2005 relative aux réserves communales de sécurité civile.

Le rôle du PCC et son fonctionnement

Le Plan Communal de Sauvegarde (PCS) organise la réponse communale en cas d’événement de sécurité civile. Il définit un dispositif communal opérationnel permettant à l’équipe municipale de « gérer les crises » éventuelles touchant la sécurité civile, et notamment les crises majeures : catastrophes industrielles, phénomènes climatiques, accidents « courants » (transport, incendie…), dysfonctionnement des réseaux (transport, énergie, eau…), problèmes sanitaires.

  1. Durant la phase d’urgence, les missions de sauvegarde communale s’inscrivent dans une action rapide, en coordination avec les services de secours. Avant la constitution des équipes de terrain, le PCC doit réceptionner l’alerte et la traiter, évaluer la situation et les besoins, alerter l’ensemble des intervenants nécessaires (montée en puissance du dispositif), constituer les différentes équipes de terrain selon les besoins et l’organisation prévue, donner les directives aux équipes de terrains en fonction des priorités identifiées.
  2. Lorsque les équipes de terrain sont en action, le PCC coordonne leurs actions, assure la complémentarité entre les opérations de secours et de sauvegarde, suit en temps réel les actions et les décisions, recherche et fournit les moyens demandés, anticipe les besoins des phases suivantes par une analyse de la situation ce qui suppose un certain recul par rapport aux événements.
  3. Dans la phase de post-urgence, les besoins exprimés par les habitants ne sont plus vitaux mais n’en demeurent pas moins importants. Le PCC devra alors identifier l’ensemble des actions à mener et les hiérarchiser selon leur degré d’urgence, coordonner les actions, organiser la prise en charge des aspects administratifs (assurance, personnes ayant perdu tous papiers d’identité, recherche de financements d’urgence…),  assurer la communication post-urgence (information des familles, des médias…), encadrer les nouveaux intervenants (en particulier les associations et bénévoles).
  4. Enfin, tout au long de l’événement, le PCC s’attachera à maintenir une liaison permanente avec le maire, maintenir en permanence une liaison avec les autorités et services de secours, maintenir en permanence une liaison avec les acteurs communaux sur le terrain, tenir une main-courante relatant l’ensemble des décisions et actions menées pour assurer une traçabilité de la gestion de l’événement.

 

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Élus, agents territoriaux, pompiers et bénévoles travaillent ensemble à la gestion de la crise

« Le mois dernier, 138 séismes d’origine tectonique, de magnitude maximale 5.8 ont été enregistrés autour de la Guadeloupe, déclare Jean-Philippe Noel, conseiller municipal délégué à la sécurité et à la prévention. Nous sommes sur un territoire à risques et notre responsabilité collective consiste à anticiper afin de mieux nous projeter. Former, sensibiliser et développer la culture du risque tel est notre credo » conclut-il.

Un exercice à l’échelle internationale

Du 21 au 24 mars 2017, ce sont 460 militaires d’active et de réserve des forces armées aux Antilles (FAA), 80 militaires des forces armées en Guyane (FAG) et 90 militaires des régiments du service militaire adapté (RSMA) de Martinique et de Guadeloupe qui ont participé à cet entraînement opérationnel européen, interministériel et interarmées baptisé EU RICHTER. Cet exercice majeur a impliqué l’engagement sur le terrain des services de secours et de protection civile des territoires français, britanniques et néerlandais des Antilles, mais aussi des pays de la Communauté caribéenne (CARICOM), des États-Unis et de plusieurs partenaires européens tels que la Belgique, l’Espagne et le Luxembourg.

*Établissement Recevant du Public

Plus d’information sur le risque tsunami

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